Reiko Takizawa, artiste japonaise invité par JAP.

Incident(s)
Soit :
le choix des matériaux d’abord, destinés à produire du sens :
– le papier, des serviettes de table ou des feuilles de papier japonais d’architecture utilisé pour les cloisons coulissantes des maisons traditionnelles, formant une suite de carrés de dimensions variables
– l’encre, de couleurs chaudes ou froides, rouge, jaune ou bleue d’abord, aujourd’hui choisie selon une palette de couleurs plus libre, composant des variations de teintes plus ou moins concentrées ou étales ;
la décision ensuite du nombre de feuillets, 100, 200 300 de dimensions identiques et de même papier, à disposer de façons variables, destinés àdonner sens à la mise en espace ; la méthode enfin qui donnera sens au procédé : les papiers, mis en pile, sont imbibés d’encre, par phases successives d’imprégnation puis de séchage, perdant leur blancheur et leur neutralité mate pour s’imprégner des couleurs, de leur centre à leurs bords, s’en saturer plus ou moins légèrement ou abondamment selon leur texture et les quantités d’encre versées.
Le travail terminé, leur surface irradie leurs teintes définitives, sombres ou vives.
Les matériaux sont devenus des suites d’Incidents, définis selon les termes de Reiko Takizawa comme « des contes de faits », à chaque fois différents et porteurs de leur spécificité unique. Chacun est alors daté, dénombré, classé, rangé en piles, prêt à faire sens.

 

Partage(s)
Disposer, accrocher, intégrer dans l’espace, jouer des plans et volumes, de l’horizontalité et de la verticalité, accentuer la perception de la surface, même par étagements successifs. C’est le temps du partage visuel : exposer les Incidents sortis de leurs réserves selon des normes régulières.
Leurs éléments de papiers d’architectures sont rassemblés et accrochés au mur par mises en ligne, en carré, en rectangle. Certains, suspendus un à un à l’horizontale, du plafond jusqu’au sol, paraissent enfermer à chaque niveau les coussins d’air et de lumière qui les séparent. Les serviettes de table occupent le sol côte à côte définissant visuellement de vastes pièces géométriques, non plus d’eau comme celles des parcs classiques mais de papier. D’autres sont accumulées, formant des bornes de mesures chromatiques.

Pérennité
Le temps est insaisissable, mais sa mise en mémoire d’encre et de papier rappelle, feuille par feuille, ses aléas et changements d’intensité de lumière, de variations chromatiques, de genèses visuelles aléatoires, sans cesse recommencés, sans cesse différenciés, et pourtant sauvés de l’inaccomplissement de l’incertitude par la patience, la volonté, la beauté ici discrète du geste de l’art.

 

Michel Baudson,

a.i.c.a., août 2011